Selon la police n'est pas un film policier.
Le choix d’écriture de ce long-métrage est inattendu. Il n’est ni pour, ni contre, il est avec.
Pas de crime ni enquête, pas un seul coup de feu n'est tiré. Le parti pris du réalisateur est risqué, original, intimiste. Mais il sonne juste.
Des antihéros policiers qui ne surjouent pas. Ils n’en sont pas moins vulnérables, par empathie, méchanceté ou excès de zèle. Sentiments et ressentiments qui se croisent, se heurtent, au fil des destins et portraits croisés des personnages.
Anciens et plus jeunes, méthodes contestables et débordements de sensibilité, une police qui se tue sans grandiloquence, sans faire de bruit, qui use les âmes à force de se frotter à cette matière première abimée qu’est l’humain.
La jeune policier adjoint en fait les frais, violement, elle se rebiffe, ne veut pas être de ce camp des infréquentables, elle qui fait croire à sa famille qu’elle fait un tout autre métier. C’est sous les coups et une pluie torrentielle, l'eau glaciale d'un baptême initiatique, qu’elle va comprendre et vraiment entrer dans la police.
L’unique intrigue marque le début de cette balade à l’envers du décor de la police. Ping-pong, brigadier en fin de carrière, brûle sa carte de flic dans le lavabo des chiottes du commissariat, et se volatilise. Ses collègues vont le chercher comme on part à la recherche du sens à donner à ce métier.
L’absence de Ping-pong est un fil conducteur poétique de ce film. De loin en loin, on suit les déambulations dans la ville de ce flic mutique qui semble revisiter le décor de sa vie sans qu’on ne sache jamais où il va, et la raison de sa rupture radicale avec la police. Mais au fond, ça n'a pas tellement d'importance.
Il termine son errance dans une fête foraine déserte, la nuit, sous ce même déluge de pluie, une boucle bouclée entre un début et une fin de vie de flic. C’est là qu’il va croiser la jeune femme qui doute, et en deux mots la réconcilier avec sa vocation.
D’autres y sont aussi, sans le voir. Les manèges tournent à vide.
Et si tout ça - la vie, la police et les tragédies - n’était qu’une grande roue dangereuse, un jeu inévitable ?
Bénédicte Desforges
ex lieutenant de police, auteur
